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  • Second life

    second20life20sl.jpgNous avons pu effectivement constater que les gens s'entichaient du net en se créant des personnages, en embellissant leur existence à la recherche de quelque utopie. Toutefois si l'on regarde de plus près, on peut voir aisément qu'internet n'est que le reflet de notre société et de nous-mêmes. L'exclusion existe en dépit des avatars et des smilies qui juchent la toile. Cette toile fait l'objet d'un engouement dans les débuts, tout comme dans une relation amoureuse qui nous fait vivre d'amour et d'eau fraîche. Mais les intrigues et les personnalités finissent par être ranimées et ce, malgré une tempérance apparente et une réflexion permises par l'écriture. Si certains se sentent bien sur le net, c'est pour une simple raison. Ils se cachent derrière leur écran. Mais ne nous voilons pas la face, ils se jettent dans les griffes d'un monde tout aussi coriace que le réel, si ce n'est plus.

    Les gens rêvent, certes, espèrent échapper à leurs murs, soit. Cependant c'est pour en ériger d'autres dans un monde sur lequel nous avons encore moins de contrôle.

    On pourrait s'en tenir à cette analyse qui met en exergue le désir d'évasion voire de vie meilleure. Certes la société procède de plus en plus à l'exclusion des plus faibles. Nous avons voulu nous protéger des dangers environnants en nous regroupant et en nous barricadant. Mais le fait est que nous avons tout bonnement contribué à la sélection naturelle, si nous ne l'avons pas accélérée même.

    Second Life aura la même fonction que cette toile que l'on chérit. Cet outil, loin d'être un jeu, prendra beaucoup d'ampleur. Et notre esprit travaillera tout autant que dans le réel et de la même manière. Ce monde, Second Life, n'est qu'un marché parallèle parmi tant d'autres agissant dans l'ombre, une ode à la mondialisation même. Il s'intègre parfaitement à nos vies réelles. Je dirais qu'il s'apparente à un télétravail, avec en prime un jeu d'acteurs tout à fait passionnant. Nous sommes déjà dans une société basée sur l'apparence, ne l'oublions pas. Vue la direction que prend Second Life, nous serons également confrontés à nos forces et nos faiblesses, à notre compétence ou incompétence à notre capacité ou incapacité à plaire, attirer, fidéliser. Pour moi, une différence existe entre internet et Second Life. Internet crée des communautés tandis que Second Life est une véritable société qui interagit avec la société « réelle ». Et, chose incroyable, si les gens se plaignent de leurs conditions, de cette société, ils reproduiront exactement les mêmes erreurs dans Second Life. Je parlerais plus d'illusion que d'imagination d'ailleurs. On donne l'illusion aux gens qu'ils auront une vie meilleure dans un monde virtuel. Force est de constater que quelque soit le monde dans lequel nous vivons, nous construisons tout ce qui nous a amené à l'échec. L'illusion est que nous changeons d'identité le temps d'un vol dans Second Life pour presque dis dollars par mois. Et pour plus d'actions, mieux vaut acheter des Linden Dollars, monnaie officielle de ce nouveau monde. Mais l'échec de cette société n'est pas une question d'identité. Cette deuxième vie est le témoin, un de plus, de notre individualisme. Chacun pense à sa propre réussite, à son propre confort, à sa propre métamorphose sans se soucier du fait que les fondations sont pourries.

    Le fait est que n'importe qui peut s'inscrire dans Second Life. Le comptable s'étant crée la vie d'un top modèle, grand, beau et irrésistible, n'en sera pas moins déçu.

    Les gens se créent un personnage selon ce qu'ils se représentent de lui dans le réel. Jamais ils n'évaluent les enjeux, les inconvénients ou ses propres limites dans ce rôle.

    De plus, les enseignes des grandes entreprises sont déjà en place. Tous les métiers existant dans notre monde pendront également place dans Second Life. Et la société sera exactement telle que nous la connaissons.

    On nourrira dans ce monde, méticuleusement, l'illusion d'un monde différent autant que nous l'avons fait dans le monde « réel ». Second Life n'est qu'une terre à conquérir de plus. Nous y construirons comme dans le Nouveau Monde, comme nous le ferions si nous trouvions une nouvelle planète. Nous nous y réunirons en espérant survivre tout bonnement.

    L'un des désirs intrinsèques de l'être humain n'est autre que la conquête. Si la conquête est impossible nous sommes capables de nous enliser dans un cauchemar parfois irréversible. L'Homme ressent le besoin d'apposer sa griffe sur la terre de chaque monde qu'il conquiert et d'être reconnu. Il plantera son drapeau sur la terre Second Life comme il l'a fait sur la lune. Puis la difficulté, l'obstacle étant, il cherchera de nouveau le possible pour éviter la dépression. La nouveauté et la notion de possibilité éveillent l'imagination et non le contraire.

    C'est là la différence entre le réel et Second Life. Que l'on croit !

    La vie est une question d'attitude. Plutôt que de voir ce qui est possible, nous préférons voir ce qui ne l'est pas. Second Life offre sur un plateau l'univers des possibles avec mode d'emploi. L'être humain ne fait que suivre ce mode d'emploi qui évoque la possibilité contrairement à notre monde. Mais la nouveauté regorge toujours de nouveaux horizons jusqu'à ce que ces derniers s'étouffent mutuellement à force d'accumulation, d'entrecroisement et de complications.

    Les utilisateurs de Second Life pensent sans doute qu'ils construisent eux-mêmes cette société, peut-être afin d'exorciser une certaine frustration due à la vie réelle. Cette illusion permet sans doute de pallier à cette impression de ne pas avoir conçu la société réelle, de la subir, d'appréhender un monde que l'on n'a pas désiré. Nous vivons une époque dans laquelle les gens éprouvent davantage le besoin de contrôler leur existence. Et pour cause, elle semble nous échappe peu à peu. Ainsi, on entrevoit un besoin impérieux d'assouvir ce désir inconscient d'être l'auteur, le créateur du monde dans lequel on vit et de se réaliser.

    Cependant, cette épopée pourrait être à double tranchant. Les gens peuvent certes accomplir une sorte d'ascension psychologique pendant laquelle ils se débarrasseraient de leurs frustrations. Mais il est un risque non négligeable. D'une part, cet outil est mondial. Il se peuplera donc de la même manière que le monde réel d'individus utopiques ou cupides. Mais peu importe les vices ou les qualités humaines qui s'installeront dans ce monde, la masse sera telle que l'on pourra s'y perdre de la même manière et subir ainsi de nouveau l'anonymat et donc la non reconnaissance de soi.

    D'autre part, l'individu pourrait mener une double vie sans vraiment chercher à s'accomplir dans le monde réel. De plus, qu'il s'agisse du réel ou du virtuel, tout ce qui fait la structure d'un monde dépend de l'esprit humain, de ses facultés d'attachement, de conquête, de sa conception de ce monde, de ses désirs, de ses facultés de discernement etc. Tout est représentation mentale quelque soit le cas. Le possible n'est pas une question de possibilité ou d'assentiment du monde dans lequel on vit. Exister dépend en grande partie de l'idée que l'on se fait des choses, de notre capacité d'acceptation de notre sort et de la manière dont nous le vivons psychologiquement.  C'est là un des dangers pour un individu. Et, imaginons que l'individu vienne un jour à être privé de Second Life. Il pourrait bien perdre des repères bien réels et se trouver encore en position de faiblesse psychologique.